Le bar des Egarés...

Le bar des Egarés...
Avez-vous déjà remarqué l'ambiance particulière d'une gare ? Tous ces gens qui vont et viennent rapidement vers des destinations qui me resteront pour la plupart inconnues, vers des destins que je ne croiserai qu'ici, sans même y trouver un intérêt. Et eux, qu'en savent ils de tout ce qui se trame ici, et eux que voient ils à part leurs trains, leurs projets...
Il me semble que ma transparence s'affiche complète dans l'enceinte de cette gare où on a recouvert l'ancien par du neuf. Personne ne me frôle du regard, personne ne s'étonne de ma présence au milieu de tous, tous qui vont et viennent, tous qui me bouscule sans même y faire attention, sans même un pardon.
Combien de temps peut on attendre dans un bar empli de voyageurs, avant que l'on vous remarque, le gosier asséché et réclamant la douce mousse d'une bière pression ? Une éternité peut être... Il me semble que le temps ne s'écoule plus ; depuis combien de temps suis-je assis ici ? Une éternité peut être... Sans négliger le confort des sièges, celui du chauffage, il faut néanmoins que je prétende à une certaine patience pour ne pas m'agacer de cette situation. Il ne fait pourtant aucun doute qu'autour de moi, les autres eux... Les autres, eux, sont remarquables non pas de leur physique, de leurs tenues vestimentaires, de leur voix grotesque, de leur mentalité que je ne me donne même pas l'occasion de connaître, mais remarquables parce que eux, les autres, possèdent tous un verre à leur portée.
S'imposer voilà certainement le nouveau mot d'ordre d'une société si incompréhensible, si incompréhensible qu'elle ne fait même plus attention aux soiffards à la gorge sèche, risible n'est ce pas pour le soi-disant pays du vin... Désormais ici, et maintenant, boire une bière m'apparaît comme un doux miracle.
Qu'importe tout ça n'a que piètre importance... D'ailleurs sais je encore trouver de la considération depuis, que ses mots et son regard ont su s'accrocher aux miens.
Tout ça n'est qu'imaginaire, bien éloigné de ce bar aux allures de cimetière pour âmes égarées entre deux trains, au coin du bar, tombe familiale où s'écroule quelques postillons sur l'inox, postillons lancés après un échange virulent de propos sur le pouvoir d'achat entre personnes plus ou moins saouls, on m'observe écrire... Du moins en ai-je l'impression... Ces regards alors posés sur moi, me révèlent l'évidence, la flagrance que cette dit taverne, n'est que pur produit de l'imagination de tous, une utopie crasseuse.
Elle seule, fait partie de ma réalité. Elle est l'épouvantail faisant fuir les corbeaux de la médiocrité dans le grand champ de la vie. Elle est le trouble, elle l'emballement d'un c½ur ; de mon c½ur, qui ne savait qu'aimer auparavant, avant elle, la saveur fruité des jours sans goûts. Elle n'est pas des mots, ni des sensations, elle est une globalité qui ne saurait, même par les meilleurs métaphores trouvées seul au fond des bois, se décrire...Elle qui sait lire mes mots, elle qui les inspire; elle qui les fait danser autour d'un feu, elle et rien qu'elle...

La réalité m'enferme petit à petit, elle m'enferme dans une boite aux parois serrées, et moi je ne sais désormais qu'en sortir que trop rarement. Voilà le temps d'être adulte et d'assumer ses responsabilités, voilà poindre l'ennui, dégager la paresse, devenir grand et sans ambitions.
Tout ça evidement n'est que le reflet sombre d'une fatigue, quant à l'incompréhension, elle sait prédominer mais aussi s'effacer pour me laisser entraîner par la musique des journées banales. Je retrouve ici, dans les mots quelques moments d'exceptions que je ne savais même plus m'accorder.


{Bien loin de savoir faire semblant. Bien loin d'être renversant...}


Syd Matters - Me and my horses

# Posté le lundi 24 mars 2008 16:35

Modifié le lundi 24 mars 2008 16:46

Les Enfants Nuageux

Les Enfants Nuageux
20h45
Lieu : Train Ter, 1er étage
Temps : Froid glacial, vent d'Est, averses

Ne plus y penser, ne plus penser à elle, voilà c'est cela, ne pas se laisser séduire par le sourire moqueur du manque, ne plus croire sentir son c½ur dans ma chair, ne pas se rappeler la photo de son visage (que l'on a plus ou moins bien esquissée dans sa tête...), ne plus envisager un avenir commun, ne plus se souvenir de nos deux mains alliées dans la froideur d'une nuit d'hiver, ne plus y penser...
Il pleut des gouttes de gâchis, l'impression absurde dans ces escaliers d'une odeur nauséabonde de regrets, la crasse s'entassant à chaque marche, les flaques noires d'incompréhension, l'omniprésente musique jouée par les instruments de la déception, l'obscur lourd et pesant.
Oh mais si vous saviez comme je me moque que nous gâchions tout, je veux bien tout maculer de noir mat et de rouge sang, lacérer la toile nous unissant, je veux bien nous laisser traîner dans ces caniveaux débordant d'eau crasseuse, je veux bien perdre tout sens de la vérité, vivre seul avec notre arrière-goût envahissant un effrayant ailleurs...
Oui nous y sommes à vouloir tellement être ensemble, réunis chaque jour durant, je veux bien alors me contraindre à ne pas l'oublier, dans la violence d'une fausse fin, de trois petits points que je peindrais avec les doigts comme pinceau sur son visage d'ange. Il me semble (sans le comprendre vraiment) que je préfère souffrir de son absence que nous gommer dans ces trous de mémoire infâmes. Vous savez ceux que vous connaissez lorsque après une longue période et des parcours divers, celui que vous appeliez auparavant ami, n'est pas même foutue de vous reconnaître.
Je préfère réfuter le fait qu'elle devienne ou puisse devenir une ombre que je serai incapable d'apercevoir tellement aveugle de réalité, d'ignorance des grands moments de ma misérable vie d'enfant de la masse. Combien même je voudrais, je ne pourrais la nier, je ne pourrais effacer ces instants que l'on a bien voulu partager dans la folie ou la raison. Je me moque bien des pensées des autres. Beau parleur, profondément niais, horriblement fleur bleue, et quand bien même complètement fou, je veux bien être le tout si rien d'elle je ne perd...

"En vue des solutions qui sont requises de nous tous, la routine, toute recouverte de velours, est plus menaçante, la routine couve plus de détresse et de mort que l'apparente utopie. Devant la carence totale des idées toutes faites, il y aurait avantage à ce que toute licence de s'exprimer publiquement ou non, fut laissée à cette dernière. Une jeune femme, belle et perdue dans une de ces rêveries d'allure prophétique qui me sont chère, me disait l'autre jour : «Vois-tu, en ce moment il ne faut rien dire de dur. Qu'est-ce que, le contraire de dur ? Tout ce qu'on a le droit d'écrire, et encore de temps en temps, c'est un poème. Aujourd'hui, il faut faire des enfants nuageux ? Tu comprends pas des enfants en nuage, mais des enfants avec des parties de nuage, oui : des enfants nuageux.»" (André Breton – Ajours, Lumière Noire)

{Et dans le hall de la Gare, il en voit des choses étranges...}

Múm – Finally we are no one (bis)

# Posté le mardi 20 mars 2007 13:36

Modifié le mercredi 21 mars 2007 11:21

Latente

Latente
Il faut croire aujourd'hui, que le c½ur des hommes bat inévitablement ici. Moi, perché, jambes croisées sur ce mur de pierres humides, humidité due à la beauté d'une pluie d'hiver, il faut supposer sans que le doute s'infiltre que moi aussi ma vie coule ici.
Alors ça ressemble à cela, vivre, ce qu'ils appellent vivre du reste, parfois je vivais par les mots (exemple non exhaustif) mais je n'avais eu que trop souvent l'impression de partager du temps avec les autres, du temps, et uniquement du temps, rien au goût exaltant.
Ils ne me regardent pas, parfois leurs têtes s'élèvent un peu mais rien de plus. Je ne pense pas que ce soit par indifférence, plutôt une sorte de gêne, gêne dissimulée par excès de réalité. Oh non pas que j'impose cet embarras ! Je ne peux m'y résoudre... Mais comment expliquer la provenance de leurs sentiments, comment les décrire, sans les ressentir...
Soudain j'ai la sensation d'attendre, je ne m'ennuie pas pourtant, contempler ce monde qui gravite autour de moi n'a réellement rien d'ennuyeux, je ne sais pas, comme si j'étais envahi par la possibilité de la croiser ici. Elle n'habite pourtant pas cette ville, oh mais si je ferme les yeux pour les rouvrir ensuite, l'espace perd toute la rigueur de sa notion, il semble bien que ce soit elle que j'attends... Me voilà donc contraint d'attendre quelqu'un qui ne viendra pas, me voilà empli alors d'une douce liberté au goût de geôle. Je souris, je nous imagine tous les deux, nous deux, voilà bien une chose à l'utopie niaiseuse. La liberté alors, serait elle, passer sa vie à attendre quelqu'un qui ne viendra pas ?
Et si tout ça n'était qu'une vaste impression difforme, une vague supposition au goût de miel, comme la réalité qui perd tout son sens et sa véracité lorsque les premiers jours de printemps nous flattent de leurs charmants attraits. Qu'importe les questions sans réponses, ressemblent aux voyageurs des trains qui partent vers une destination inconnue de tous, les meilleur(e)s finalement...

Il faut croire que la réalité veut parfois bien s'accorder à moi. Voilà nous y sommes à l'attrait d'une réussite dans un monde qui me parait parfois bien étranger. Si l'on s'arrête quelques temps pour observer autour de soi, la beauté d'une ville sous la pluie, on s'étonne parfois d'autant la rejeter, d'autant la détester, d'autant la haïr les jours de retour.

{Celui qui demeure immobile devant une feuille blanche, celui-là est mort depuis deux siècles !}

Múm - Finally we are no one

# Posté le mardi 06 mars 2007 17:26

Modifié le samedi 26 mai 2007 02:28

La Lune au Crépuscule.

La Lune au Crépuscule.
Voilà nous y sommes... Passager d'un train, promeneur du vent, nomade dans le crépuscule.
Inspiré par la magie ambiante, qui souffle tout autour à l'extérieur des gris wagons, bien loin d'une réalité reflétée sur les visages navrants des voisins, vous cherchez activement des idées claires, les mots justes. Ceux et celles qui vous percutent, ceux et celles que vous trouvez ne sont que confusion et entremêlement, tous à sa destination, l'impression de frôler la ravissante imperfection. Oh finalement c'est Elle qui vous envahit, de sa beauté indescriptible...
Sa peau comme support, les mains vagabondes, à la découverte des derniers émois, ici et là les mots vous sont bien insuffisants. Au langage des corps, à l'imparfaite envie du encore...
Voilà nous y sommes. On y est au manque de ces élocutions. Au manque d'un Nous formulé dans la douce folie, au manque de la nuit perpétuelle qui nous unit...
On ne sait plus trop comment il s'est installé, on craint même de ne plus savoir quand tout cela a commencé, on pleure à l'idée de ne plus la croiser, on ne veux pas l'égarer au détour de ces chemins de la vie qui vous font perdre de vue, on ne peux perdre le précieux... Vous voilà à ne plus savoir comment vous faisiez avant... Avant elle...

“Se peut-il qu'ici cette poursuite éperdue prenne fin ? Poursuite de quoi, je ne sais, mais poursuite, pour mettre ainsi en ½uvre tous les artifices de la séduction mentale. Rien ─ ni le brillant, quand on les coupe, de métaux inusuels comme le sodium ─ ni la phosphorescence, dans certaines régions, des carrières ─ ni l'éclat du lustre admirable qui monte des puits ─ ni le crépitement du bois d'une horloge que je jette au feu pour qu'elle meure en sonnant l'heure ─ ni le surcroît d'attrait qu'exerce L'Embarquement pour Cythère lorsqu'on vérifie que sous diverses attitudes il ne met en scène qu'un seul couple ─ ni la majesté des paysages de réservoirs ─ ni le charme des pans de murs, avec leurs fleurettes et leurs ombres de cheminées, des immeubles en démolition : rien de cela, rien de ce qui constitue pour moi ma lumière propre, n'a été oublié.” (André Breton – Nadja)

{Ebloui du crépuscule, bien loin d'avoir des scrupules.}

Damien Rice – The Rat within the Grain

# Posté le mardi 28 novembre 2006 09:58

Modifié le samedi 26 mai 2007 02:28

Renvoi du Promeneur Solitaire.

Renvoi du Promeneur Solitaire.
On vous ramène toujours à votre solitude, et moi comme tous qui n'avais qu'une envie de partager ma vie, pas forcement avec une seule même personne, pas forcement...
Vous vous rappelez ... Vous vous rappelez tous ces gens... Tous ces gens qui s'étaient donnés la peine, la peine de s'intéressez à vous, ou du moins d'en faire semblant, et moi, moi qui avais vu tout ça comme des mains tendues. Finalement les mains ont vite disparues, certaines même sans raisons explicites, profitons, oh oui, profitons de l'hypocrisie ambiante et, oublions nous sans importance. On en est là seul comme toujours, comme jamais, entouré de six milliards d'individus... Alors, vous sortez, au moins essayer de s'enthousiasmer des joies de la nature, où de n'importe quel paysage urbain, vous en oubliez presque votre manque des autres le temps de quelques pas, vous vous sentez vibré, comme une sorte d'appartenance, une appartenance géniale à quelque chose d'incompréhensible... Puis là vous le croisez lui, lui esseulé tout comme vous, vous levez votre regard, naïvement espérez lire votre existence dans ces yeux, et lui, il a le regard vide, et là vous ne pouvez qu'en devenir transparent.
Vous osez quelques larmes, on vous érafle de quelques regards complaisants, ils vous dégoûtent l'espace de quelques temps, ici, oh oui ici vous trouvez ça enthousiasmant d'être seul, plutôt qu'accompagné de leur bonheur surfait et facile, de leur pitié malsaine.
Dans un flot d'assurance mal maîtrisé vous croyez que vous les trouverez ceux qui n'enlèveront pas leurs mains, vous sentez déjà leur odeur délicate, néanmoins finirez toujours par crever en solitaire.

Il avait osé l'aimer, lui avait écrit quelques lettres enflammées, que son attirance lui avait dicté. Elle en total appartenance à ce siècle, n'avait fait que le laissé dans le silence.
Il aurait souhaité en mourir mais finalement n'y trouvait même plus d'importance...
Les sentiments sont parfois bien curieux, mais omettre leur existence fait vite devenir vieux.


{Bien loin d'être accompagné... Bien loin d'en trépasser.}

Idaho - Cactus man rides again

"In the blue part of the evening
Sometimes it's hard
She thinks she hears you coming..."

# Posté le mercredi 22 novembre 2006 10:05